20 Janvier 2011

 

Chroniques de l’Abîme:

end-of-the-world-2Nous travaillons, faisons nos courses, voyons nos amis et vaquons avec plus ou moins d’enthousiasme à nos occupations. Malgré ce quotidien qui confère à l’instant présent l’illusion de l’éternité, nous prenons peu à peu conscience que les choses s’écroulent autour de nous de plus en plus rapidement. Un jour, c’est une loi qui nous prive de telle ou telle liberté ou nous apporte une nouvelle contrainte, un autre, le prix d’un billet de train ou d’une note d’électricité trop élevée. Si on élargit son périmètre de perception, on constate que son quartier a changé, et pas en bien, que les journaux s’emplissent d’inquiétantes crises, de guerres et de scandales qui nous affectent plus ou moins durement; jusqu’à nous lacérer l’âme.
Alors on déplore avec un sentiment d’impuissance, on se blinde, on essaie d’y échapper au travers des drogues, légales ou pas, des jeux vidéos et des fictions télévisées; on s’adapte avec plus ou moins de déni en faisant en sorte que cela affecte le moins possible notre vie quotidienne. Tant que le malheur ne pénètre pas notre cercle de vie, tout ça n’est, au fond, pas si important. Et pourtant… Il n’est point nécessaire de se référer aux prophéties – les informations s’en chargent – pour se rendre compte que le monde est malade; malade d’élites corrompues qui finissent de piller la planète comme une bande de banlieue une épicerie de quartier.

Que ce soit en Russie, en Australie ou ailleurs, calamités et spéculations affectent désormais l’alimentation céréalière de la planète et nous ne pouvons que constater leurs effets sur les pays d’Afrique et plus particulièrement du Maghreb. Les plus importants pays exportateurs de blé sont frappés par des sècheresses et inondations entraînant un grave enchérissement spéculatif. Quant à la constante augmentation du pétrole, elle ne fait que préluder des pénuries paralysantes et une augmentation considérable de matériaux tels le plastique, peinture, pneus, pesticides et innombrables produits fabriqués à base de pétrole. Les nouveaux forages, plus difficiles d’accès, nécessitent des technologies plus poussées, davantage de temps et d’investissements qui seront bien évidemment répercutés sur le consommateur. Les pays dits “émergents”, comme la Chine, accélèrent encore de processus. Or, il n’existe actuellement aucune source de remplacement suffisante à nos énergies fossiles. Nous sommes donc à la veille d’un point de rupture où tout ce que anime notre activité quotidienne, nourriture, déplacements et travail, vont devenir financièrement inaccessibles. Si on ajoute à cette équation un euro factice qui a déjà largement appauvri les ménages et dont les jours sont comptés, il n’est guère difficile de voir que nous sommes dans un cul-de-sac économique, politique et surtout social.

Le fait que l’industrie s’oriente désormais vers le solaire et les véhicules électriques n’est pas un effet de mode mais une tentative d’anticiper un futur dépourvu d’énergies fossiles. Outre les prix prohibitifs des véhicules électriques, il faut savoir que la construction d’une de ces voitures (batterie,  garnitures, câbles…) peut nécessiter plusieurs centaines de litres de pétrole; la conception d’un pneu en demande à elle seule 26.
Quant aux bio-énergies, elles sont un non-sens car le transfert qu’elles opèrent de l’alimentaire vers le transport ne peut qu’accentuer des famines déjà commencées. Oh, bien sûr, l’Occident se croit riche et songe que les pays premiers touchés seront ceux du tiers et quart-monde. C’est le cas mais se croire hors d’atteinte est ignorer que l’économie ne connait pas de frontières. Lorsque l’on vit avec 1 euro par jour et que le cours des matières premières flambe et fait surgir le spectre d’une famine, l’être humain n’est plus accessible à d’autre raison que sa survie. C’est le scénario qui se déroule à présent dans les pays les plus pauvres et qui touchera bientôt l’Occident.
La politique n’étant jamais étrangère à l’économie, les premiers endroits fragilisés par l’enchérissement des matières premières ne sont pas d’obscures toundras mais des pays faisant barrage à un Islam assoiffé de conquêtes. La conclusion est simple: plus les crises alimentaires et pétrolières s’amplifieront – l’eau potable sera également un des grands enjeux des années à venir – et plus ces déstabilisations seront exploitées par les  extrémismes les plus dangereux.

Les titres des journaux contiennent rarement les informations les plus pertinentes concernant notre futur. Il suffit pourtant de relier divers évènements liés à l’alimentation, à l’énergie ou aux mouvements migratoires pour constater qu’une terrible lutte pour la survie est engagée.

Le système de distribution alimentaire est aujourd’hui devenu si aberrant que la grande consommation préfère importer des fruits et des légumes de l’autre bout du monde plutôt que de privilégier les productions locales. Outre les faillites en cascades que cela entraîne, cette recherche de profits crée une dépendance alimentaire qui s’avèrera catastrophique lorsque les réseaux de transport cesseront d’exister en raison du coût prohibitif du mazout et du kérosène.
On a voulu faire croire à l’humanité que la croissance de l’économie était infinie mais on a omis de lui dire qu’elle était limitée par des biens tangibles comme la nourriture, les matières premières ou l’énergie. Billets de banque, bons du trésor et autres assignats ont un apport calorique plus que limité.

L’industrialisation à outrance, les délocalisations sauvages et la virtualisation de l’économie sont donc condamnées à un choc frontal avec un concret composé de populations appauvries, désœuvrées, désespérées, affamées et dans l’incapacité d’alimenter plus longtemps une croissance destinée à générer toujours plus de profits. Les élites mondialistes n’ignorent rien de la situation et savent qu’elles ne pourront régner sur les ruines qu’elles auront créées. Elles se préparent donc à fuir avec la caisse (le départ de Ben Ali en est un parfait exemple) pour éviter de faire face à une situation incontrôlable.
La crise financière initiée en 2009 prélude un changement plus profond et un retour brutal sur terre au travers de guerres, famines et de l’effondrement de nos sociétés. Les survivants devront non seulement apprendre à défendre leur vie, à s’organiser en communautés mais également à assurer leur autosuffisance alimentaire sur un plan local. C’est un formidable bond en arrière qui nous est promis et auquel il faut se préparer.

La population mondiale a explosé depuis de début du XXe siècle, passant de 1,5 milliard en 1900 à 7 milliards d’individus. Cette progression démographique, liée au charbon et au pétrole, a permis l’émergence de formidables innovations, mécanisations et améliorations des conditions de vie. Tout cela s’achève sous nos yeux à  un rythme accéléré. Nous allons devoir (ré)apprendre la survie: manger, boire, planter, élever, chasser, soigner, abriter les siens et protéger son territoire.

Après tout, qui sait si ce n’est pas le début d’un retour à la sagesse ?

Claude d’Elendil.

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